17 février 2010

Winter Camp 2010

Καρπενήσι

Ελλάδα, Ιανουάριος 2010


Jeudi 21 janvier 2010

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Lieutenant O, officier dans la Légion. Parfois je me demande qui je suis. Je me suis réveillé ce matin, la tête lourde de ma dernière virée dans les bas-fonds de Paris, la ville des plaisirs promis aux combattants de première ligne qui ont survécu. Je dois rejoindre ma prochaine affectation sur la planète Hellas dans quelques heures. Il pleut, la ville est grise et le temps long dans la navette Air France qui me conduit au cosmodrome. Je laisse mes fidèles Auxiliaires ATNA, spécialiste du corps à corps et Artémis, spécialiste du tir à l’arc, unies comme deux sœurs dans le combat ; aussi jolies que dangereuses. Il y a aussi Lee, un spécialiste des arts martiaux fidèle entre les fidèles, TéBé le Numide à l’impressionnante détente et Grillon, notre spécialiste en IA. Je sais que mon unité est entre de bonnes mains pendant mon absence.
Le vaisseau est affrété par la compagnie Olympiakos qui porte bien son nom, plus haut, plus vite, plus fort. Un transporteur CosmoTrans, classe A320. Du solide. Le voyage se passe bien même si la nourriture est toujours la même : viande en boîte, féculents et biscuits militaires. Les rations doivent dater de la dernière campagne. Nous sommes accueillis par de ravissantes répliques qui s’occuperont de nous jusqu’à l’arrivée. Les derniers progrès de l’IA vous font prendre le faux pour du vrai mais ils n’ont pas encore réussi à gommer une certaine raideur du sourire. Du moins sur ces modèles.

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15h50. Arrivée à Athina, capitale concentrant les richesses et la population locales. Temps gris et pluvieux. Le Major Z. est là pour m’accueillir.

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Toujours la joie des retrouvailles et l’hospitalité : « Are you hungry ?» (« avez-vous faim ? »). Entre nous, nous parlons la Novlangue utilisée dans toute la galaxie. Direction le café Lasithi à Cavouri (quartier chic proche du cosmodrome), repère du Major après l’effort. Evidemment ce n’est pas Paris mais c’est beau. Un café grec et un sandwich plus tard, direction l’hôtel pour prendre une tenue et rejoindre le centre d’entraînement. A mon arrivée, beaucoup de jeunes novices s’entraînant à mimer les combats et à mettre en application. La formation du jeune athénien inspirée par Sparte est rude. « Les remparts de Sparte sont la poitrine de ses guerriers ». C’est beau comme l’antique.

 

Remise en route de la machine, Paris est loin et le voyage m’a un peu ankylosé. Je repense aux conseils du Moine Voyageur et commence l’exercice. 2 heures plus tard, je me mets au service du Major Z. très occupé par l’organisation de notre de notre prochain séjour.

 

En effet, les populations des campagnes se sont rebellées après les nouvelles élections et demandent le versement d’un argent promis par le Grand Conseil des 27. Celui-ci tardant, ils ont décidé de bloquer toutes les routes et toutes les voies aériennes y compris les fenêtres spatio-temporelles et les portes de la lumière. Le Major se voit obligé en dernier recours de changer de destination et nous partons pour Karpenisi sur l’astéroïde Evrytenias. Nous n’irons pas vers Thessaloniki, à la frontière des terribles Turcomans mais pour moi, rien ne change, la sueur et les larmes sont au bout du chemin.

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 Bref, après avoir quitté le centre d’entraînement et la faim nous tenaillant, nous arrivons vers 22h00 chez Stephanos, une taverne de pêcheur (« psari taverna »). Régal assuré : salade grecque (tomates délicieuses, feta de qualité, olives goûteuses, authentique tarama). Stéphanos, ami du Major et pêcheur de son état, a fait de sa taverne une adresse incontournable à Athina. Nous hésitons entre l’eau et l’ouzo et nous nous décidons finalement pour les deux.

 

Retour à l’hostellerie pour quelques heures de sommeil. Demain, le Major envoie une voiture me prendre à 5h45.

 

Bonne mais courte nuit.

 

 

Vendredi 22 janvier 2010

 

J’ai demandé au portier de nuit de me réveiller à 5h00. Bien m’en a pris. Je ne suis pas encore familiarisé avec mon nouveau transpondeur tout-en-un développé par la firme de la Pomme.

 

5h45, la voiture est bien là qui m’attend, flottant au-dessus du sol détrempé par la pluie. Le temps de retirer quelques crédits et de commander un café « glyko », nous rejoignons le vaisseau qui nous conduira à destination. La plateforme de décollage est située légèrement en dehors de la ville. Les mécaniciens et le pilote procèdent aux derniers réglages. Les paquetages sont chargés. Je reconnais quelques uns des légionnaires rencontrés lors d’un précédent stage d’endurance. Nous nous installons.

 

6h45. Un gaz nous enveloppe et nous sombrons dans une douce léthargie. De quoi encaisser la poussée féroce des moteurs. La navette, un Neoplan Tourliner, classe HY35, est confortable. Cette année encore, nous nous rendons dans les zones interdites des montagnes du nord sur un petit astéroïde en limite de ceinture. Danger permanent, conditions climatiques extrêmes, froid, neige et glace. La routine quoi.

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J’ai emporté par précaution le dernier modèle de tenue de combat/survie. Un matériau très léger épousant le corps sans gêner le mouvement (la marque de la qualité). J’y ai investi ma dernière prime mais ça valait le coup. Je boirai moins de bière, c’est tout. La couleur blanche permet de se fondre dans le paysage. Nous en aurons besoin. Là-bas aussi les locaux se sont révoltés et nous ne souhaitons pas nous quereller. Ils connaissent le terrain mieux que nous.janvier_010_5b

 

7h57. Nous survolons des paysages montagneux. La traversée de la ceinture d’astéroïdes se passe sans problèmes. Nous devrions arriver dans quelques heures.

 

9h03. Dernière halte avant de plonger dans l’inconnu. De loin nous apercevons la croûte glacée de notre destination finale. Carpe diem ou ce que nous pouvons en prendre.

 

Je repense à l’énigmatique Moine Voyageur.minStage_maitre_Yap_005

 




14h32. Arrivée au camp de base au milieu d’une ville fantôme. Mise en condition précoce ? Mais non. Tout est prêt pour notre arrivée. Un couple aimable nous accueille, l’air de savoir à qui ils ont affaire. janvier_010_6

De fait dans le hall, de nombreuses photos de guerriers, certaines datant des siècles derniers nous rappellent que d’autres que nous sont passés par là. Dans les sous-sols de l’établissement, je devine la présence d’une clinique de campagne (jaccuzi, massages) pour évacuer les bobos et soignés les plus grosses défaillances. Une salle attire mon attention qui concentre un grand nombre de trophées et des bêtes féroces naturalisées.

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Sans doute des exercices qui ont mal tourné pour elles. Dans un recoin, l’écusson de la Légion ; je me sens chez moi.

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Nous décidons d’aller nous restaurer avec le groupe. 7 heures de vol vous donnent faim. Le mess des officiers « Taverna Panorama » dans le langage local est vaste et nous commandons la moitié d’un agneau. 2 autres légionnaires se sont jointes à nous. La boisson, « le kokino krassi » ressemble à notre vin. C’est très bon. Je n’en demande pas plus. Ici aussi les crédits filent vite.

 

Retour à l’hôtel. Le Major Z. me recommande de prendre un moment de repos avant le premier entraînement. Nous partageons la même chambre. Un honneur. Nous nous enfonçons tous deux dans une torpeur réparatrice. Je suis réveillé par le transpondeur. Personne en ligne mais cela m’a permis de ne pas rester coincé dans mes rêves. Ayant revêtu ma tenue, je me mets à nouveau à disposition du major qui m’envoie superviser la mise en place de l’entraînement. Surprise, celui-ci a lieu dans la salle des trophées préparée à cet effet. A mon arrivée, officiers et sous-off sont là présents ayant gardé leur rangers. Je suis pieds nus. On verra bien. Le Major Z. apparaît auréolé de son autorité et première chose fait enlever les rangers à tout le monde. Petite satisfaction personnelle de courte durée mais ça réconforte. Aujourd’hui en raison de l’exiguïté de la pièce, le Major a décidé de revenir sur certaines techniques spéciales, nouveaux Ki Cho et extraits de formes supérieures de combats. Nous travaillons aussi le contrôle du souffle en atmosphère raréfiée et quelques techniques spéciales. Nous en aurons besoin demain car nous sortirons en montagne en tenue minimale. Nous terminons par un exercice de concentration face à un feu rougeoyant dont nous devons fixer le foyer. Les plus jeunes ont des larmes qui coulent. J’ai envie de leur dire que ça ne fait que commencer !

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Ce soir, comme si c’était le dernier, nous sommes allés nous restaurer à la Taverne du Nid (« Taverna Folia »). Nous ne voulions pas retourner au mess où nos débordements auraient pu jouer contre nous. Nous avons fêté à notre manière notre début de séjour, bon appétit et large soif. Des autochtones dansaient et le Major s’est joint à eux prenant un antique micro et se mêlant aux musiciens.

 

1h00. Je me suis éclipsé. J’écris depuis ma couchette.

 

Il n’a pas arrêté de neiger. Demain est un autre jour. Je dois dormir même si mes cauchemars m’effraient.

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Samedi 23 janvier 2010

 

8h00. Le blizzard a balayé la zone. En regardant par la fenêtre, le paysage n’est que désolation. Par -40°, pas grand-chose ne subsiste. Un faible soleil luit au loin et lutte pour percer la couche de nuages. Seule se dresse bien visible l’antenne satellite sans laquelle nous serions couper du monde extérieur. Notre vaisseau, couché sur le côté, ressemble à un pain de glace devions l’utiliser pour effectuer une sortie. Nous verrons bien. Le Major Z. gît à côté de moi. Il a dû rentrer tard mais il est solide. Pour le ragaillardir, j’ouvre en grand les fenêtres. L’air glacé s’engouffre dans notre cellule. Il marmonne. Je crois qu’il est content. Il sait que c’est pour son bien. Il en ferait autant pour moi. Je m’habille et descends me restaurer. Quelques commandos sont déjà là. Je salue tout le monde et m’installe face à la porte. Un vieux réflexe hérité de mes formateurs : ne jamais tourner le dos à une fenêtre et toujours avoir la porte en ligne de mire.

 

9h45. Le Major arrive. Frais comme un nouveau-né. Malgré sa récente blessure, une lame scélérate qui lui a fendu la poitrine et manqué couper le bras, il est pareil à lui-même, un foyer qui n’en finit pas de brûler. Il aurait pu y rester mais il n’y pense même plus.

 

10h00. Ponctualité de rigueur. Les participants au stage de survie en milieu hostile sont là. Je compte 2 jeunes capitaines, 1 lieutenant, 2 sous-lieutenants, quelques sous-officiers et des jeunes en formation. Ils ne savent pas ce qui les attend. Mais bon, la Légion offre une dignité à chacun même si on doit en baver. Je me suis équipé de mon dernier achat ; c’est le moment ou jamais. J’enfile tout de même une protection supplémentaire. Le rhume…, très peu pour moi !

 

Pour rejoindre la salle d’entraînement, nous devons emprunter plusieurs rues dont nous ne savons quels dangers elles recèlent. Ayant traversé celle qui passe au bas de notre hostellerie, nous nous engouffrons dans une venelle commandée par un escalier à l’aspect traître. Chacune de ses marches est gelée. Le Major veut tester notre équilibre.

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Etre prêt là où nous nous y attendons le moins. Combien de fois ai-je entendu ce conseil et combien de fois m’a-t-il sauvé la vie ? Je descends donc la volée de marche d’une allure légère mais assurée. Je me retourne et aperçois le groupe affairé à ne pas perdre l’équilibre. Nouvelle satisfaction. J’ai envie de courir mais l’esprit de corps est le plus fort et je les attends. Plusieurs kilomètres nous séparent de notre lieu d’entraînement. Nous les franchissons aisément et arrivons en face d’une porte de prison. Le lieu est réservé. Le Major présente son œil au capteur d’empreinte rétinienne. La porte s’ouvre sur un étroit sas où nous laissons les armes emportées (lames courtes et fusils à impulsion) ainsi que les chaussures de marche. Le gardien nous accueille assis dans son fauteuil, l’air rogue. La salle est divisée en deux parties, l’une dédiée à l’entraînement musculaire et l’autre à l’entraînement au combat. Nous prenons place. Le Major annonce le menu. Travail de répétition sur les plus hautes techniques connues, CS5/SS/KSK. Nous commençons avec les deux capitaines puis eux-mêmes sont pris en charge par le Major et développent des techniques qui leur sont propres. Geste après geste, forme après forme, la précision se développe. Il n’y a pas le choix, dehors c’est la jungle.

Je suis en nage et je mets trop d’énergie, je sais, mais ma tenue me tient debout. On dirait qu’elle me comprend. Le plaisir de l’effort. Je m’entraîne à côté d’un jeune lieutenant, Christos, venu de la lointaine Corfou. Je ne le vois ni ne l'entends plus. Déjà les 2 heures sont passées et le Major veut voir le résultat de nos efforts. Je suis le premier à passer. Se montrer à la hauteur pour soi et pour l’unité. Les voyants sont au vert ; je me lance. KSK. OK. Les autres membres passent à tour de rôle. La session se clôt. Retour au camp de base pour se changer. J’aime bien mon odeur mais il paraît que nous allons rencontrer du monde.

 

12h32. Nous sommes attendus pour un anniversaire dans une ancienne mine de sel transformée en annexe du Centre. Le vaisseau nous y emporte. Un mirador observe notre arrivée. Les concepteurs de l’endroit ont appelé l’ancienne baraque des ouvriers « Saloon ». J’en ai vu d’autres. On ne refait pas l’administration. Nous fêtons l’anniversaire de Catherina. Le Major est un tendre. Il a fait le gâteau. Après les traditionnels vœux à l’heureuse élue, nous passons aux choses sérieuses. Catherina est la fille de Yorgo, un riche homme d’affaires local que je rencontre en compagnie de notre pisteur, Christos, et du pilote du vaisseau, Dimitrios. janvier_010_10B

Il ne quitte jamais ses Rayban et a plusieurs alias : Mitris, Mitrios, Mitsos. Un dur à qui on ne la fait pas. Yorgo nous a facilité le passage sur place. Il a le profil de tous ces intermédiaires, visage mangé par la barbe et gros cigare. Sa femme est à la mesure de l’homme. Elle et moi ne nous sommes pas parlés. Dommage.

 

Le Tsipuro commence à couler. Christos est aux commandes en fin connaisseur. Enfin une boisson d’homme et après l’effort, c’est juste ce qu’il me faut. Je remets ma tournée et forge notre amitié naissante. Nous nous jurons fidélité. Le Major nous rejoint peu après.

 

Les commandos grecs commencent à s’inquiéter, et le repas ? On remonte à bord et la navette nous lâche au camp de base. Là, direction la Taverne du Nid, lieu qui vit aussi le jour. Dans la cuisine, un Kri-Kri, sorte d’agneau local, achève de rôtir pour notre bon plaisir.

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Je sens que je vais me laisser faire. Choc culturel , le temps de s’asseoir, environ 20 minutes passent. C’est vraiment un autre monde. Le repas est pantagruélique, comme promis. Les musiciens de l’autre soir sont là. Nous serons restés sur place de 14H06 à 17H34.

 

 

17H51. Retour sur ma couchette. Je cherche à rassembler mes idées et je commence mon rapport. Peu à peu le sommeil me gagne. Contre un homme, je sais quoi faire, mais ici inutile de lutter. Je me cale contre le mur de béton. Il est froid. Et alors ? Le Major Z. se glisse dans la cellule. J’entrouve un œil. Combien de temps ai-je été inconscient ou bien vient-il d’entrer dans mon périmètre de sécurité ? Toujours être sur ses gardes, une autre devise qui use plus vite que le temps qui passe. Il s’installe et nous devisons tranquillement des évènements du jour jusqu’à ce que le sommeil étende à nouveau sa chape de plomb.

18h22. Je suis le premier sur pied. Nouvel entraînement prévu dans la salle des trophées. Je me prépare et rejoins les autres. Le Major arrivera plus tard.

 

Surprise. La salle est encombrée de matériels divers. L’arrivée d’un groupe a perturbé les préparatifs. La session « techniques spéciales » ne pourra avoir lieu. Contre mauvaise fortune, bon cœur. Le Major Z. encadre son imposante stature dans la porte. Certains inattentifs sont sèchement rappelés à l’ordre. Le Major aidé des deux jeunes capitaines nous remet un certificat de participation. Il rejoindra les étagères de l’Histoire.BDC_Bonnat_IPhone_Jan10__247

 

Après un dernier rassemblement, on rompt les rangs. Chacun se congratule et pose pour la postérité, ou comment naît la fraternité.

 

Je m’enquiers de la suite du programme auprès du Major. On ne se refait pas. Une fête de clôture est prévue le soir même dans l’auberge. Je vais me changer. Retour à la salle des trophées. La nourriture et les boissons les plus diverses abondent. Les filles se sont parées et maquillées. Elles ont l’humeur chasseresse. Les mômes ayant fini le tout venant, Christos, le pisteur, apporte le bizarre. Nous évaluons le produit. Métallique, sentant la pomme et la prune aussi. – « Il y a du raisin ! », me dit-il dans un mélange d’Hellenica Glossa et de Novlangue. De toute façon, c’est trop tard, il peut bien me dire ce qu’il veut, je suis d’accord. Nous dégustons des produits à base de sanglier sauvage apportés de l’île de Corse. Le mariage est excellent. Sans le savoir nous avons eu les mêmes connaissances corses en Cochinchine. L’évocation du bon vieux temps nous rend émotifs. Les larmes coulent, mais cette fois, ce n’est pas le feu.

 

Plus tard, je ne sortirai pas et le Major déclarera aussi forfait, épuisé par ses précédents exploits nocturnes. Nous serons restés à discuter avec d’autres membres du groupe autour du feu. Tant mieux, les basses des sonos poussées à fond me rappellent trop le bruit des combats. Je n’ai pas besoin de ça.

 

1h18. Je rejoins ma couchette pour une nouvelle nuit.

 

 

Dimanche 24 janvier 2010

 

Après plusieurs jours de tempête le beau temps est revenu. La neige fond aussi vite qu’elle est venue. Nous préparons notre départ.

 

10h51. Un café vite avalé, les paquetages enfournés dans les entrailles du vaisseau et nous partons pour ce que je crois être le retour. En fait destination la mine de sel.

 

11h01. Cependant que de très jeunes novices s’exercent à monter sur des Equidus Ongulus, je fais le tour du propriétaire. Je comprends mieux l’endroit. Un terrible torrent roule des flots affolés descendus de la montagne proche, plus loin, l’épave du train qui servait à conduire les ouvriers à la mine. Le mirador, outre sa fonction de surveillance, offre un mur d’escalade. En remontant vers les baraquements, un pas de tir à l’arc et non loin un enclos abritant une harde de redoutables daims des cimes aux bois de cadmium. Par défi, je m’approche jusqu’à toucher le mâle sous l’œil bienveillant du Major. Nous ne sommes pas que des brutes, nous savons encore nous amuser !

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12h07. Café « metrio » avant de repartir, cette fois pour de bon, vers Athina. Au loin, un croiseur interstellaire, reconnaissable à sa traînée, trace sa route haut dans le ciel.

 

12h18. Nous abordons le premier continuum spatio-temporel qui nous permettra de traverser la montagne sans risque.

 

13h59. Passage en vitesse lumière.

 

14h33. Informé par la base, le pilote doit repasser en pilotage à vue. Les mécontents ont bloqué l’accès aux couloirs temporels comme nous le craignions.

 

14h35. Dimitrios n’a pas été choisi pour rien. Après un rapide crochet d’évitement, nous repassons en mode lumière.

 

15h05. Maldito! Nouveau blocage à 150 mille kilomètres de notre destination. Cela va nous prendre des heures !

 

Changer de plan une nouvelle fois. Mais l’adaptabilité aux conditions n’est-elle pas la force d’une unité en campagne ? Non loin de là, le Major connaît un endroit sauvage dominé par le Mont Parnos. Froide et déserte, la zone n’en abrite pas moins un lieu de culte réputé dédié à un certain Apollo. Il ne subsiste plus que des ruines. Mais le secret est ailleurs. A quelques kilomètres de là se niche une fameuse auberge surplombant un torrent. Il est 16h00. Il nous faudra bien 2 heures pour achever de vider les réserves de nourriture et de Krassi de la taverne. Entre temps, 2 connaissances du Major sont venues nous rejoindre. Maîtres de l’endroit et redoutables guerriers, ils nous font les honneurs de leur camp. Nous rejoignons le vaisseau peu après pour rentrer d’une traite vers Athina.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lundi 25 janvier 2010

 

Je me suis levé de bonne humeur. La veille j’ai retrouvé mon vieil ami N.P. Il m’a invité chez lui où son épouse nous attendait, malgré l’heure tardive. La douceur d’un foyer. Ça change de la rigueur de la Légion. Mais il n’est bonne compagnie qui ne se quitte et je suis reparti pour mon hôtel . Etrange, je n’ai pas envie de dormir et cette nuit est de trop. Vivement demain matin. J’ai rendez-vous avec le Major.

 

9h00. Fidèle à lui-même, frais et jovial. Le Major m’embarque, direction sa salle d’entraînement privée installée dans un bunker près de la plateforme de décollage dont nous sommes partis pour rejoindre Karpenisi. L’imminence de l’effort me rend de bonne humeur. Je ne suis pas fait pour les conditions émollientes. Nous enfilons nos tenues. Un salut à nos frères d’armes et nous commençons une longue série de répétitions visant à rendre le geste toujours plus précis et le corps toujours plus résistant. Nous ne sommes que deux. Heureusement, il n’y aurait pas de place pour plus ! Malheur à qui entrerait à ce moment-là. En général, je me défends bien ; la preuve, je suis toujours vivant. Le Major repousse mes limites. Dur. J’encaisse. Mais Z., c’est 35 ans sur tous les terrains, de tous les combats, ayant côtoyé les plus fameux instructeurs du Pays du Matin Calme, contrée montagneuse en bordure du Pays du Milieu. Evidemment, ça force le respect.

 

Nous avons bien travaillé et nous congratulons par de vigoureuses et viriles accolades. A nouveau se changer, passer prendre mon paquetage et chemin inverse vers le cosmodrome où je suis attendu pour 14h30 si je veux retrouver mon unité comme prévu. Halte au café Lasithi pour prendre des forces et oublier la nourriture à bord du transporteur. Tout fini où tout a commencé.

 

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Sous les hublots du transporteur des mondes inconnus défilent. Nous passons à la limite de trous noirs et pardessus des mondes en feu. Les répliques n’arrivent pas à me tirer de ma rêverie. Otto V, l’empereur des Mondes Connus, et ses généraux ont appelé au rassemblement de la Légion. L’endroit est tenu secret. Mon esprit erre dans la jungle. Quand reverrai-je l’énigmatique Voyageur ?

 

 

 

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